Bois, commerce et promotion de l’économie verte

Jean-Bernard FAVI pour le reboisement en faveur du commerce équitable

La contribution du secteur forestier à l’économie du Bénin est minime. Jean-Bernard FAVI, Directeur Général du Commerce (DGC) est conscient de la situation. Au détour d’un entretien avec la presse à l’occasion de cette 36 ème édition de la Journée Nationale de l’arbre (JNA), il a opiné sur la place du commerce du bois dans la balance commerciale du Bénin, de l’état des lieux du commerce du bois au plan régional voire mondial ainsi que des perspectives et opportunités pour le Bénin et l’ensemble des acteurs du secteur.

D’entrée de jeu, Jean-Bernard FAVI a rappelé que la Journée Mondiale de l'Arbre est initiée par Julius Sterling Morton qui invita pour la première fois le peuple à la plantation d'arbres dans l'Etat du Nebraska le 10 avril 1872. Chaque pays identifie la période qui lui convient pour commémorer cette journée. Au Bénin, elle est célébrée le 1er juin de chaque année et ceci depuis 1985.

Les échanges commerciaux axés spécifiquement sur l’arbre à travers la transformation du bois ne sont pas perceptibles dans la balance commerciale du Bénin. Cependant, les efforts des pouvoirs publics pour une gestion exemplaire des ressources en bois portent leurs fruits et plaident pour une meilleure organisation du secteur. Considéré comme principale source d’énergie des ménages, l’arbre peut induire une économie verte qui préserve et promeut les ressources naturelles. Le gouvernement du Président Patrice TALON compte préserver et consolider les acquis que constituent les ressources naturelles, afin de passer à une économie verte, tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources. L’arbre nous fournit du bois d’œuvre, du bois de service, du bois énergie mais aussi des fruits à travers les arbres fruitiers. La valorisation de ces arbres permettra également le développement de l’industrie.

L’étude sur la contribution du secteur forestier à l’économie nationale réalisée en 2009 avec l’appui du Programme de Conservation et de Gestion des Ressources Naturelles (ProCGRN) a révélé que le secteur forestier contribuerait à 6,64% au PIB national (contre moins de 2,8 % souvent indiqué dans les documents officiels). Cependant, ces données n’ont pris en compte qu’une vingtaine de filières, ce qui montre que la contribution du secteur forestier à l’économie nationale reste encore sous-évaluée. La question de la gestion durable des forêts étant au premier plan des politiques actuelles, la valeur économique du commerce mondial des produits ligneux est en jeu. Des explications de Jean-Bernard FAVI, Directeur Général du Commerce, cette valeur, dans les principales catégories de bois rond, sciages, pâte et papier, a été estimée à environ 150 milliards de dollars EU en 2003 (FAO, 2004 a), le papier absorbant près de la moitié de ce chiffre. Le commerce des produits ligneux secondaires transformés a ajouté 40 milliards de dollars environs au total. Le commerce de toutes les catégories de produits tirés des bois tropicaux n’a été que de 16 milliards de dollars en 2002 – soit près de 10 pour cent du total (Rytkönen, 2003). Bien que le commerce international des produits forestiers ait lieu, pour une large part, entre les pays développés et les nouveaux marchés en expansion rapide comme la Chine et l’Inde, les exportations des pays en développement offrent des occasions très nécessaires de revenu. Cependant, la production forestière destinée aux marchés internationaux ne concerne qu’un nombre relativement réduit de pays en développement, à savoir ceux qui ont d’importantes ressources (comme l’Indonésie, le Cameroun et la Bolivie) et ceux dont les plantations font l’objet d’une extension accélérée. Dans le lot, le Bénin ne manque pas de tirer sa part, mais avec une activité plus visible dans la transformation primaire du bois par les artisans locaux, mais aussi l’implication considérable d’industrie installée sur place.

 Etat des lieux du commerce du bois au plan régional voire mondial

Les objectifs de la politique forestière tels que définis en 1994 dans le document principal de la Politique Forestière du Bénin restent d’actualité. L’objectif principal de la politique est la conservation et la gestion rationnelle des ressources du domaine forestier (sol, eau, flore, faune) en vue d’en assurer la pérennité et garantir une production soutenue de services et de biens pour le bénéfice des populations. Il est question de contribuer à l’amélioration des conditions et cadre de vie de la population en favorisant le développement durable et une gestion rationnelle des ressources naturelles et du potentiel forestier du Bénin.

Selon une étude de la FAO, la contribution du secteur forestier est de 2.8% du PIB, répartie comme suit: (bois de chauffage 2,3 %, charbon de bois: 0,1 %, autres 0,4).Etant donné que la contribution du secteur primaire au PIB du Bénin fluctue autour de 35 % et que les produits agricoles constituent l’essentiel de la production du secteur primaire (25%) et l’élevage (10 %), l’arbre à travers l’exploitation du bois sous diverses formes constitue une opportunité pour peu qu’on allie stratégie et équilibre. Cela appelle la promotion d’une économie verte déjà en place grâce à la clairvoyance du Président Patrice Talon.

Ainsi l’économie verte s’accompagne de multiples types d’innovations, au plan : économique dans les activités de production, de transformation, de distribution ; social en terme d’équité genre et géographique, de participation et de système organisationnel ; technologique en terme d’efficience et de sobriété ; et environnemental dans la prise en compte des différentes fonctions des écosystèmes. Le concept d’innovation caractérise l’économie verte. Et en la matière, il faut signaler la majorité des économies africaines dépendent principalement de leur patrimoine en ressources naturelles, qui, à leur tour, sont fortement vulnérables aux aléas climatiques. Malgré l’importance du secteur des services, les activités motrices de l’économie de l’espace CEDEAO sont, d’une part, celles du secteur primaire qui absorbent plus des 2/3 de la main-d’œuvre et sont constituées des sous-secteurs de l’agriculture, de la pêche, de l’élevage et de la foresterie et, d’autre part, celles du secteur industriel avec l’importance des PME et PMI dans les domaines des minerais, de la manufacture et de l’agro-industrie. La foresterie intéresse à plus d’un titre dans la perspective d’une mise à disposition des matières premières tirées de l’arbre pour l’industrie locale et surtout l’exportation. Encore faudrait-il respecter les réglementations en vigueur en vue d’assurer un reboisement juste en équilibre avec une exploitation responsable conformément aux dispositions réglementaires en vigueur.

 Perspective pour une juste rentabilité du commerce du bois

Dans le sous-secteur de la foresterie, il s’agira de garantir une sécurisation du droit foncier en accompagnant cela par des politiques d’intensification agricole dans les terres déjà défrichées et dans des systèmes agro-forestiers ou de sylvo-pâturage. La valorisation des produits forestiers non ligneux et leur distribution dans les marchés locaux et internationaux. L’aménagement participatif des forêts et la diffusion des méthodes de cuisson modernes qui consument moins de bois-énergie en vue de remédier à la surexploitation des forêts. La régénération des écosystèmes forestiers en privilégiant les options sobres en carbone pour s’inscrire dans la dynamique volontariste de réduction du taux de carbone conformément aux exigences du commerce équitable. La bonne nouvelle étant que la conservation et le reboisement pourraient amplifier l’emploi formel de 20 % dans le secteur de la foresterie d’ici la fin de l’année 2020 selon les projections de l’organisation des Nations-Unies pour l’environnement en 2011.

En effet, les mesures d’encadrement sont établies dans la Déclaration de Doha adoptée par la quatrième Conférence ministérielle de l’OMC en 2001 (OMC, 2001) et le Programme de développement de Doha (OMC, 2004), les matières relatives aux forêts comprennent les subventions, l’environnement et les biens environnementaux, l’éco-étiquetage et la certification, la protection des végétaux, les droits de propriété intellectuelle, le développement, l’accès aux marchés, les normes techniques et les règlements. L’ambition est de prévenir la perte de couvert forestier, la dégradation des forêts et les impacts du commerce sur la gestion durable des forêts. En outre, les discussions au sein des instances visent à clarifier le rapport entre les règles de l’OMC et les « obligations commerciales spéciales » dans les accords multilatéraux sur l’environnement, y compris la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), la Convention sur la diversité biologique (CDB), la CCNUCC et l’Accord international sur les bois tropicaux (ITTA) (OMC, 2003). D’une manière générale, la communauté internationale reconnaît que la conformité aux normes de la CITES constitue une limitation commerciale pour les produits forestiers inscrits aux annexes de l’Accord (Mulliken, 2003). Les obligations commerciales spéciales au titre d’autres accords multilatéraux sur l’environnement sont toujours à l’ordre du jour.

L’Accord international sur les bois tropicaux, actuellement en cours de renégociation, occupe une place spéciale parmi les arrangements multilatéraux sur l’environnement, combinant les aspects d’un accord sur les produits (relatif au commerce et à l’industrie) gestion durable des ressources naturelles et à la conservation des forêts).

Il est rapporté que l’ampleur du dégât qui nous menace au Bénin connaît des solutions progressives avec l’intensification du reboisement et le contrôle à l’exportation du bois ainsi qu’à l’exploitation nationale. Ceci, afin que les forêts ne laissent place à des savanes arides. Ainsi, au réchauffement climatique, s’ajoutent la dégradation et la diminution drastique des ressources forestières due à la pression démographique et à la baisse de la pluviométrie. Un dosage sain entre l’exploitation et le reboisement s’impose afin de faire bénéficier l’économie des valeurs ajoutées dans le secteur.

Sources : L'Express